Communiqué de Mgr Rey
La décision du Pape de lever l’excommunication des évêques de la Fraternité Saint Pie X constitue d’abord et avant tout un geste de miséricorde paternelle au service de l’unité de l’Eglise. Lors de l’inauguration de son Pontificat en 2005, Benoît XVI avait déjà déclaré : « faisons tout notre possible pour parcourir la route vers l’unité ». L’une des motivations qu’il donna au Motu proprio Summorum pontificum sur l’usage du Missel de Jean XXIII était la volonté de réconciliation. La décision du Pape est d’ailleurs intervenue de manière significative pendant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
Cette décision s’inscrit par ailleurs dans une procédure canonique c’est-à-dire juridique. L’excommunication des quatre évêques concernés avait automatiquement suivi leur consécration intervenue sans mandat du Pape. Mais une excommunication est toujours, dans l’Eglise, une sanction médicinale c’est-à-dire dont le but est l’amendement de la personne excommuniée. Le Pape a estimé que les démarches des évêques concernés, notamment le lettre du supérieur de la Fraternité Saint Pie X du 15 décembre dernier, déclarant leur souffrance devant cette situation, manifestaient leur désir de se réconcilier avec l’Eglise.
La levée de leur excommunication en prend acte. Elle est un premier pas vers une éventuelle et complète réconciliation. Elle ne signifie absolument pas réintégration. Celle-ci nécessitera la définition précise du statut de la Fraternité Saint Pie X. Sur la voie de cette réconciliation, le Pape a demandé aux intéressés « d’accomplir les pas nécessaires à la réalisation de la pleine communion avec l’Eglise, faisant ainsi preuve d’une fidélité et d’une reconnaissance véritables envers le magistère et l’autorité du pape et du Concile Vatican II » (audience du 28/1/09). Il faut distinguer cette décision du Pape qui n’a en vue que l’unité de l’Eglise et la situation spirituelle de tous ceux qui sont liés à la Fraternité Saint Pie X, d’une part, de la démarche individuelle et des déclarations négationnistes inadmissibles et scandaleuses de Mgr Williamson, qui ont été récusées par le supérieur de la Fraternité Saint Pie X, d’autre part. Le 12 septembre dernier, à Paris, Benoît XVI a déclaré que « l’Église s’élève contre toute forme d’antisémitisme dont aucune justification théologique, n’est recevable. Le théologien Henri de Lubac, dans une heure « des ténèbres » comme disait le Pape Pie XII (Summi Pontificatus, 20.10.1939), a compris qu’être antisémite était aussi être antichrétien (cf. Un nouveau front religieux, publié en 1942 dans : Israël et la Foi Chrétienne, p. 136). Une fois encore, je tiens à rendre un profond hommage à ceux qui sont morts injustement et à ceux qui ont œuvré pour que les noms des victimes restent en mémoire. Dieu n’oublie pas ! » Lors de l’audience générale du 28 janvier, Benoît XVI a rappelé son affection et son « indiscutable solidarité envers nos frères destinataires de la Première Alliance ». Il a émis le souhait que « le souvenir de la Shoah pousse l’humanité à méditer sur l’imprévisible puissance du mal lorsqu’il a conquis le cœur de l’homme ». Il y a bien continuité entre les positions de Jean-Paul II et celles de Benoît XVI concernant le mystère d’Israël.
Dans une note de la Secrétairie d’Etat [1NDLR : voir ci-dessous] du 4 février 2009, les clarifications suivantes ont été apportées :
D’une part, "la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du magistère des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI est la condition indispensable à une future reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X".
D’autre part, " Pour être admis à des fonctions épiscopales dans l’Eglise, Mgr Williamson devra aussi prendre ses distances de manière absolument sans équivoque et publique vis-à-vis de ses positions relatives à la Shoah, lesquelles positions n’étaient pas connues du Saint-Père au moment de la levée de l’excommunication." Note canonique
Note ayant reçu l’accord de monseigneur Dominique Rey
1°) L’excommunication de 1988 L’excommunication est une peine du droit canon. Elle recherche l’intégrité spirituelle et morale de l’Eglise dans son ensemble et le bien du coupable en particulier. Elle n’est pas une exclusion de l’Eglise mais une privation de certains biens spirituels. Le canon 1382 prévoit l’excommunication de tout évêque qui consacre un évêque sans mandat du Pape. Celui qui est consacré évêque est également excommunié. Or, le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre a consacré quatre évêques sans mandat de Jean-Paul II et contre sa volonté. Tous les cinq ont donc été excommuniés, en application du canon 1382 et du canon 1364.1 qui punit le schisme.
Cette excommunication n’a pas remis en cause l’ordination des évêques, qui ont été validement ordonnés et sont effectivement évêques. Mais elle a entraîné pour eux l’interdiction prévue au canon 1331 de participer à la célébration des sacrements en tant que ministres, de célébrer les sacrements et de les recevoir, de remplir un office dans l’Eglise.
L’objectif d’une excommunication est toujours d’amener la personne excommuniée à la contrition, au repentir et au désir de réconciliation avec l’Eglise. La fin poursuivie par une procédure d’excommunication est d’amener l’excommunié à une réhabilitation éventuelle.
2°) La levée de l’excommunication en 2009 En application du canon 1358, le fidèle excommunié a droit à la remise de sa peine s’il ne persiste plus dans l’intention de commettre le délit ayant justifié son excommunication et s’il veut s’amender. Il doit alors s’adresser à l’autorité compétente, en l’espèce le Siège apostolique. Il doit démontrer qu’il est venu à résipiscence et qu’il désire la réconciliation. C’est ce qu’a fait Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X, en son nom et en celui des trois autres évêques concernés, notamment dans sa lettre du 15 décembre dernier mentionnée dans le décret levant l’excommunication. Le Pape y a vu un engagement suffisant d’amorcer une démarche de solution des problèmes à l’origine de la division.
La décision de Benoît XVI en 2009 ne remet donc pas en cause les actes adoptés en 1988 sous l’autorité de Jean-Paul II. Elle tire les conséquences de l’évolution et de la demande des évêques de la Fraternité Saint Pie X et constitue le premier pas vers la réhabilitation souhaitée. La levée de l’excommunication ne signifie pas qu’il y a pleine communion ; elle ne signifie pas réhabilitation ; mais elle rend possible l’accomplissement des pas ultérieurs nécessaires pour y parvenir.
3°) Les étapes nécessaires au rétablissement de la pleine communion Le Saint-Siège, et le Pape directement et publiquement, ont indiqué quel chemin le rétablissement de la pleine communion devait emprunter. Le décret du 21 janvier dernier levant l’excommunication « espère que ce pas sera suivi de la réalisation rapide de la pleine communion avec l’Eglise de toute la Fraternité de Saint Pie X, témoignant ainsi de la vraie fidélité et de la vraie reconnaissance du Magistère et de l’Autorité du Pape avec la preuve de l’unité visible ». Le Pape a déclaré le 28 janvier dernier que cela incluait une reconnaissance de l’autorité du concile Vatican II.
Le décret a par ailleurs des effets limités aux 4 évêques concernés, et porte exclusivement sur la levée de l’excommunication. En conséquence, il ne règle pas le sort des clercs et fidèles de la Fraternité Saint Pie X. En particulier, il n’organise pas le statut des évêques et clercs de la Fraternité Saint Pie X dans l’Eglise. Au regard du droit de l’Eglise, ils ne peuvent donc pas, en principe, exercer les pouvoirs d’ordre (célébration des sacrements) et de juridiction.


